Le sommeil chez le jeune enfant
Podcast MNH SAE « A hauteur d’enfant »
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Marie : Aujourd’hui, nous retrouvons Tiffany, responsable santé, sécurité et inclusion chez MNH Services à l’Enfance, pour parler d’un sujet qui concerne toutes les familles, souvent dès les premiers jours : le sommeil chez le jeune enfant.
Tiffany :
Bonjour à toutes et à tous ! Je suis ravie d’être avec vous aujourd’hui pour parler du sommeil des bébés et des jeunes enfants.
Le sommeil, c’est un sujet qui revient énormément dans les familles. Il soulève beaucoup de questions, parfois des inquiétudes, souvent beaucoup de fatigue… et très souvent de la culpabilité.
Aujourd’hui, l’idée n’est pas de vous dire ce qu’il faut faire, mais de vous aider à comprendre comment fonctionne le sommeil de votre enfant, de vous donner des repères concrets quand le quotidien devient difficile, et surtout de vous rassurer : le sommeil se construit, il évolue, et il n’existe pas une seule bonne façon de faire.
Marie :
Avant même de parler d’endormissement ou de nuits compliquées, pourquoi est-ce que le sommeil prend une place aussi importante dans la vie des familles ?
Tiffany :
Parce que le sommeil ne concerne jamais uniquement l’enfant. Il touche à sa santé, à son développement, mais aussi à la fatigue des parents, à l’organisation des journées, parfois même à l’équilibre du couple.
Quand un enfant dort mal, tout devient plus intense : les émotions, les doutes, la charge mentale. Et il y a aussi beaucoup d’injonctions autour du sommeil : « il devrait faire ses nuits », « à cet âge-là, il devrait dormir comme ça ». Tout cela met énormément de pression sur les familles.
Marie :
Donc déjà, si des parents se reconnaissent là-dedans, ce n’est pas un signe qu’ils font mal ?
Tiffany :
Pas du tout. Si vous êtes fatigués, si vous doutez, si vous avez l’impression d’avoir tout essayé sans résultat durable, vous n’êtes pas seuls. Et surtout, vous ne faites rien de mal.
Marie :
Pour comprendre ce qui se passe la nuit, est-ce qu’il ne faut pas d’abord comprendre comment fonctionne le sommeil d’un jeune enfant ?
Tiffany :
Oui, c’est essentiel. Le sommeil du jeune enfant n’est pas un sommeil à corriger, c’est un sommeil en construction.
À la naissance, le bébé n’a pas encore de rythme jour/nuit. Il dort par cycles courts, environ 45 minutes, répartis sur 24 heures. Son cerveau est immature, et certaines compétences, comme enchaîner les cycles ou se rendormir seul, ne sont pas encore acquises.
Progressivement, le bébé apprend à repérer le jour et la nuit grâce à la maturation neurologique, la lumière, les interactions, les repères du quotidien. Tout cela prend du temps.
Marie :
On utilise souvent l’image du petit train du sommeil pour expliquer ce fonctionnement.
Tiffany :
Oui, parce qu’elle est très parlante pour les parents.
Dans la soirée, plusieurs trains passent. Chaque train correspond à une fenêtre naturelle d’endormissement. Si on monte dans le bon train, l’enfant s’endort plus facilement. Les signes de ce train sont parfois discrets : un regard dans le vide, des bâillements, l’enfant qui se frotte les yeux ou les oreilles, ou au contraire une agitation soudaine. Apprendre à les repérer, ça change beaucoup de choses dans les soirées.
Si on le rate ce petit train, l’enfant peut devenir très agité, pleurer, résister au coucher… non pas parce qu’il ne veut pas dormir, mais parce qu’il est déjà trop fatigué.
Et ce petit train continue pendant la nuit. Chaque cycle de sommeil est comme un wagon. À la fin de chaque wagon, le train ralentit, le sommeil devient plus léger. C’est à ce moment-là que les micro-réveils apparaissent.
Marie :
Ce qui veut dire que se réveiller la nuit est normal.
Tiffany :
Oui, totalement. Tout le monde se réveille la nuit, adultes compris… simplement, on ne s’en souvient pas toujours.
La vraie différence, ce n’est pas le réveil en lui-même, c’est ce qui se passe après : la capacité à se rendormir.
Marie :
Et c’est souvent là que les familles commencent à s’épuiser…
Tiffany :
Oui. Et à ce moment-là, comprendre ne suffit plus toujours. La famille peut ressentir le besoin que les choses évoluent, pour retrouver un peu de repos.
C’est important de dire que vouloir accompagner son enfant vers plus d’autonomie dans le sommeil n’est pas une trahison du lien. C’est répondre à un besoin familial légitime.
Marie :
Quand on parle d’endormissement autonome, ça peut faire peur. Comment l’aborder sans injonction ?
Tiffany :
Déjà, en rappelant que ce n’est ni une obligation, ni un objectif à atteindre à tout prix. C’est une possibilité, qui peut être explorée quand la famille en ressent le besoin.
L’autonomie du sommeil n’est pas quelque chose qui s’impose. Elle se construit progressivement, avec la maturité de l’enfant et la façon dont on l’accompagne.
Marie :
Concrètement, comment on accompagne cette évolution ?
Tiffany :
D’abord, en s’appuyant sur des bases sécurisantes, comme le rituel d’endormissement.
Le rituel, il dit à l’enfant : « La journée se termine, tu es en sécurité. »
Il n’a pas besoin d’être parfait ou compliqué. Quelque chose de simple, de répétitif, une histoire, une chanson, un câlin suffit souvent.
Ensuite, on peut procéder par petits ajustements progressifs.
Si un enfant s’endort avec une aide particulière, bercement, portage, tétée, présence très proche, il est logique qu’il la recherche lors des micro-réveils nocturnes.
S’endormir dans certaines conditions et se “réveiller” dans un environnement différent peut être insécurisant. Ce n’est ni un caprice, ni une mauvaise habitude : c’est simplement la continuité du fonctionnement du sommeil.
L’idée n’est donc pas de supprimer cette présence, mais de la transformer doucement : rester présent sans porter, parler sans toucher, s’éloigner progressivement, poser des mots rassurants plutôt que de relancer un endormissement complet.
Marie :
Donc accompagner vers plus d’autonomie, ce n’est jamais laisser l’enfant seul face à ses émotions.
Tiffany :
Non. L’autonomie ne naît jamais de l’abandon. Elle naît d’un accompagnement ajusté, sécurisant, répété dans le temps.
Marie :
Et la nuit, quand les réveils se répètent ?
Tiffany :
On peut appliquer la même logique.
À chaque “gare” du petit train, l’enfant peut appeler. On peut alors réduire les stimulations, utiliser toujours les mêmes mots, éviter de recréer un endormissement totalement différent de celui du début de nuit. Ce sont souvent de petits changements, mais qui peuvent vraiment soulager sur la durée.
Marie :
Parfois, les réveils nocturnes sont très impressionnants.
Tiffany :
Oui, et c’est souvent là que l’angoisse parentale est la plus forte.
Quand un enfant cri, s’agite, semble paniqué mais ne se réveille pas vraiment, on est souvent face à ce qu’on appelle des parasomnies comme les terreurs nocturnes.
L’enfant dort encore. Il n’a pas conscience de ce qu’il vit, et il ne s’en souviendra pas.
Dans ces moments-là, l’accompagnement consiste surtout à ne pas lutter contre le sommeil : rester présent, sécuriser, parler doucement, éviter de réveiller brutalement. Et se rappeler que ces épisodes sont le plus souvent transitoires.
Marie :
On parle beaucoup de la nuit, mais la journée joue aussi un rôle important.
Tiffany :
Oui, notamment à travers la sieste.
Pour la grande majorité des enfants, la sieste est nécessaire jusqu’à 3 ou 4 ans, parfois un peu plus. Avant cet âge, ce n’est pas un confort, c’est un besoin physiologique.
Un enfant qui ne dort pas suffisamment le jour peut arriver le soir en sur-fatigue, avec des endormissements compliqués, plus de réveils nocturnes, et parfois davantage de parasomnies.
Marie :
Et quand l’enfant est accueilli en crèche, la question de la sieste peut devenir délicate.
Tiffany :
Oui, parce que la sieste à la crèche ne ressemble pas toujours à celle de la maison. Le cadre est différent, le collectif est présent, les repères ne sont pas les mêmes.
Ce qui est essentiel, c’est le dialogue entre la famille et les professionnels. Parler de la durée de la sieste, de l’état de fatigue de l’enfant, de l’heure du coucher le soir. Le sommeil se pense sur 24 heures.
Marie :
Et les rituels d’endormissement peuvent être différents selon les lieux ?
Tiffany :
Oui, et ce n’est pas un problème.
Un enfant est capable d’avoir des rituels différents à la maison et à la crèche, tant qu’ils sont cohérents et sécurisants. Cette capacité d’adaptation est une vraie ressource pour lui.
Marie :
Quand on prend un peu de recul, on se rend compte que nos attentes autour du sommeil sont très culturelles.
Tiffany :
Complètement. Dans de nombreuses cultures, le cododo est la norme. Le sommeil est plus collectif, les horaires différents, et les enfants se développent très bien.
Il n’existe pas une seule bonne façon de dormir. Ce qui compte, c’est que les choix faits soient sécurisés et qu’ils permettent à la famille de trouver son équilibre.
Marie :
Avant de conclure, il y a quand même quelques points de vigilance importants à rappeler autour du sommeil, surtout chez les tout-petits.
Tiffany :
Oui, notamment chez le nourrisson.
Il existe aujourd’hui des recommandations simples, mais essentielles, pour sécuriser le sommeil : coucher le bébé sur le dos, dans une turbulette adaptée, sur un matelas ferme, dans un lit vide, sans oreiller, sans couverture, et dans un environnement sans tabac.
Ces repères permettent de réduire significativement le risque de mort inattendue du nourrisson. L’objectif n’est pas de faire peur, mais de donner des bases claires et protectrices, sur lesquelles les parents peuvent s’appuyer en confiance.
Marie :
Et quand l’enfant grandit, est-ce qu’il y a d’autres signaux auxquels il faut être attentif ?
Tiffany :
Oui, même si c’est beaucoup plus rare, certains troubles du sommeil peuvent avoir une origine médicale.
Par exemple, un enfant qui ronfle très régulièrement, très fort, qui semble faire des pauses dans sa respiration pendant la nuit, qui transpire beaucoup ou qui reste très fatigué malgré des nuits longues, peut présenter une apnée du sommeil.
Dans ces situations-là, il est important de ne pas rester seul avec ses questions et d’en parler à un professionnel de santé. Consulter, ce n’est pas s’inquiéter pour rien, c’est simplement vérifier que tout va bien.
Marie :
On arrive doucement à la fin de cet épisode. On a parlé de beaucoup de choses, et on imagine que ça va aider beaucoup de familles. Un dernier mot pour celles et ceux qui nous écoutent, peut-être fatigués, peut-être un peu découragés ?
Tiffany :
Oui. Déjà, j’ai envie de dire : vous faites de votre mieux, et c’est déjà énorme.
Le sommeil ne suit jamais une ligne droite. Il y a des périodes plus faciles, d’autres plus compliquées, des ajustements à faire, parfois à refaire. Les difficultés d’endormissement, les réveils nocturnes, les siestes chaotiques ne sont pas des échecs : ce sont des étapes.
Faites confiance à votre enfant, faites-vous confiance aussi. Et n’hésitez pas à vous appuyer sur les professionnels qui vous entourent, à la crèche ou auprès de votre médecin, si vous avez un doute ou si la fatigue devient trop lourde. Vous n’êtes pas seuls.
Marie :
Merci d’avoir écouté cet épisode d’« À hauteur d’enfant ».
Aujourd’hui, on l’a vu : le sommeil du jeune enfant se construit progressivement. Les réveils nocturnes sont normaux, l’enjeu est souvent le rendormissement, et l’endormissement autonome peut se construire petit à petit quand la famille en ressent le besoin, sans injonction. Les rituels du coucher sécurisent l’enfant, la sieste est un besoin physiologique le plus souvent jusqu’à 3 ou 4 ans, et le sommeil à la crèche peut être différent de celui de la maison — d’où l’importance du dialogue entre parents et professionnels.
On retient aussi que les pratiques varient selon les cultures, que le cododo peut être un choix familial, et que la sécurité du couchage chez le nourrisson reste essentielle, tout comme le repérage de certains signes d’alerte comme l’apnée du sommeil.
On se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode. D’ici là, prenez soin de vous… et de vos tout-petits.
Marie : Si ce premier épisode de notre podcast « à hauteur d’enfant » vous a plu, n’hésitez pas à nous laisser des commentaires, à liker et à partager, nous nous retrouvons le mois prochain pour un nouvel épisode dans lequel nous parlerons de motricité libre. A très vite!
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